Les "LIP", l'imagination au pouvoir

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Les "LIP", l'imagination au pouvoir

Message par La-garance-voyageuse le Lun 02 Avr 2007, 12:59

"Les LIP l'imagination au pouvoir" de Christian Rouaud.

"Le film donne à voir et à entendre les hommes et les femmes qui ont mené la grève ouvrière la plus emblématique de l'après 68, celle des usines LIP à Besançon. Un mouvement de lutte incroyable, qui a duré plusieurs années, mobilisé des foules entières en France et en Europe, multiplié les actions illégales sans céder à tentation de la violence, porté la démocratie directe et l'imagination à l'incandescence. Des récits entrecroisés, des portraits, une histoire collective, pour essayer de comprendre pourquoi cette grève porta l'espoir et les rêves de toute une génération. C'est possible les LIP l'ont fait."

Libération : "Les LIP l'imagination au pouvoir" n'est pas seulement l'un des plus beaux documentaires réalisés en France sur un mouvement social. C'est aussi, au delà de la leçon d'histoire, un brûlot politique : une remontée aux origines de la crise de l'emploi dans le monde occidental, et un éloge de la révolte".

Je vous le recommande chaudement, un bel exemple d'intelligence humaine, et le constat cruel que l'Etat et le grand patronat français voulaient faire un exemple, casser cet esprit de révolte, et surtout éviter que LIP donne des idées aux autres travailleurs.
A noter qu'à Fumel (Lot-etGaronne) des ouvriers qui ont repris leur usine, se battent depuis quelques années, et connaissent aujourd'hui le même problème. Le seul client qu'ils ont perdu à ce jour c'est l'Etat…
avatar
La-garance-voyageuse
Lez à l'aise
Lez à l'aise

Nombre de messages : 437
Date d'inscription : 29/11/2005

Revenir en haut Aller en bas

Les "LIP", l'imagination au pouvoir

Message par Poet le Mer 04 Avr 2007, 20:35

Qui se souvient encore des Lip, salariés des usines horlogères de Besançon ? A partir d’avril 1973, ils furent pourtant le moteur de l’une des mobilisations les plus excitantes de l’histoire ouvrière : menacés d’un plan social, ils avaient réduit les cadences de travail avant de voter l’occupation de l’usine puis l’autogestion. S’appuyant sur les témoignages des acteurs de l’époque – ouvriers, techniciens, délégués syndicaux –, l’auteur Christian Rouaud tisse le récit détaillé d’une aventure collective emblématique de l’après-68. Il compose ainsi un puzzle narratif à plusieurs voix, nourri de la vivacité des mémoires et des perceptions de chacun. De ce parti pris intéressant résulte, hélas, une certaine austérité formelle. Des images d’archives auraient pu aider le film à mieux restituer le contexte de ce printemps 1973, l’aura dont jouissait alors une entreprise moderne comme Lip et la manière dont la « dynamique joyeuse » contamina peu à peu, via les médias, l’opinion publique.

C’est une histoire comme on en entend trop souvent. Une grosse PME française novatrice, hyper performante, avec des ouvriers très compétents, est rachetée par un groupe étranger qui veut la transformer en simple usine de montage, virer son PDG fondateur, réduire les coûts, baisser les effectifs. La suite est prévisible : liquidation à brève échéance, sans la moindre révolte sociale. Ainsi se passe les choses aujourd’hui.

Sauf qu’on est le 17 avril 1973. Fred Lip écarté - c’est de lui qu’il s’agit -, le groupe suisse qui a racheté l’entreprise d’horlogerie franc-comtoise trouve sur son chemin un certain Charles Piaget, syndiqué CFDT. Et toute une sacrée bande de camarades, Roland, Jeannine ou Raymond, adhérant au PSU de Michel Rocard ou membre de l’Action catholique ouvrière.

Les patrons suisses dans les murs ? On baisse les cadences. Dépôt de bilan ? On occupe l’usine et on séquestre les administrateurs. Les CRS à la rescousse ? On rend les otages mais on planque les montres. Salaires coupés ? On remet en marche l’usine et on vend des montres dans toute la France. Autant de décisions, réfléchies, discutées, dans un vrai fonctionnement démocratique. La CGT est décontenancée, se souvient Charles Piaget : « Qui commande, où est le centre de fonctionnement ? On leur a expliqué que c’est l’assemblée générale qui harmonisait l’ensemble... » La seconde chance de Lip, c’est que ce syndicaliste éclairé rencontrera un jeune patron lumineux : Claude Neuschwander, ami de Rocard, proche des « modernistes » de CNPF (aujourd’hui le MEDEF) qui remet l’usine en marche. Avant d’être « cassé » par l’aile dure du patronat, soutenue par Chirac. Lip est tout un symbole.

Jusqu’à Lip, nous avions affaire à un capitalisme certes dur, mais l’entreprise restait au cœur de l’économie. La finance a supplanté l’entreprise, la mondialisation a parachevé le travail. On joue au Monopoly avec les entreprises, on broie les hommes, on broie les territoires.

Quelque chose, pourtant n’a pas changé. Et c’est un économiste, Thomas Philippon, qui en fait l’analyse dans un récent ouvrage*. Quelque chose qui a trait à une spécificité bien française : les mauvaises relations sociales en entreprise, résultat d’un « capitalisme d’héritier », aux pratiques conservatrices et frustrantes. Paternalisme ou bureaucratique, ce capitalisme entrave le renouvellement des élites et la délégation d’autorité. Ces mauvaises relations de travail expliqueraient notre taux de chômage explosif, nos départs à la retraite précoce, notre croissance médiocre. Gros chantier en perspective...

* le capitalisme d’héritiers, La crise française du travail, de thomas Philippon, Le seuil.




Pourquoi ne pas rater ce film ?

Le sujet d’abord : « Le film donne à voir et à entendre les hommes et les femmes qui ont mené la grève ouvrière la plus emblématique de l'après 68, celle des usines LIP. Un mouvement de lutte incroyable, qui a duré plusieurs années, mobilisé des foules entières en France et en Europe, multiplié les actions illégales sans céder à la tentation de la violence porté la démocratie directe et l'imagination à incandescence. Des récits entrecroisés, des portraits, une histoire collective, pour essayer de comprendre pourquoi cette grève porta l'espoir et les rêves de toute une génération. »

Il en restera une maxime : « C'est possible, les LIP l'ont fait… »…

L’époque ensuite : il fallait témoigner, et c’est pour cela que ce film, à mon sens, devra trouver sa place dans les documents de nos fonds, de cette époque charnière (nous sommes à la veille du chômage perçu comme phénomène structurel de notre société et un an avant le début des « chocs pétroliers ») où les mouvements sociaux de masse pouvaient co-exister avec une solidarité/réflexion nationale. L’histoire des « acteurs » de ce film, c’est celle de 329 jours de conflit (est-ce possible de nos jours ?), et surtout d’hommes et de femmes qui reprennent le travail reprend dans « leurs » entreprise. Comme le dit le synopsis du film : « C’est une victoire emblématique ». Claude Neuschwander, patron de Lip de 1974 à 1976, décrira l’après LIP avec ces mots : «c’est la mort du capitalisme d'entreprise et l'avènement du capitalisme financier».


Le montage ensuite : Dans le monde du 20 mars 2007, Jacques Mandelbaum s’interroge en ces termes : « Par quel mystère un documentaire de forme archi-classique, mixte de têtes qui parlent et d'archives filmées, devient-il un film d'action palpitant, une épopée digne de John Ford, un plaisir de cinéma du samedi soir ?» Ce n'est pas un mystère, c'est tout simplement la magie de ce film, le thème est passionément humain, actuel et le réalisateur ....laisse la parole à ces hommes et à ces femmes. Ne nous y trompons pas, ce film n’est pas un film sur le syndicalisme en France en 1970, c’est un bien un documentaire « galvanisant, passionnant et salutaire sur l'un des mouvements sociaux les plus importants de la fin du XXe siècle », c’est aussi un fabuleux cours d’histoire contemporaine, d’une certaine histoire sociale de la France. Le CRDP ne s’y trompe pas en le signalant en ressources pédagogiques, notamment pour les thèmes suivants : « Conflits et mobilisation sociale » et « Inégalités et justice sociale » ainsi qu'en histoire pour l'après-Mai 68.

Voili voilou, "travailleurs, travailleuses"

Méditons là-dessus et poursuivons le débat et notre réflexion à propos du changement de gouvernance qui s'rapproche
avatar
Poet
DJ LittéRieuse

Nombre de messages : 915
Localisation : Sous les toits de la Normandie
Loisirs : dé-lire, boite à musique; étoiles et toiles, chemins de traverses
Date d'inscription : 31/05/2005

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les "LIP", l'imagination au pouvoir

Message par La-garance-voyageuse le Jeu 05 Avr 2007, 10:44

Ok alors j'édite, merci.

Edit: J'ai raméné ton post dans ce sujet.
martina


En complèment : FUMEL, DE FEU, DE FER, DE ROCK

Jacques MITSCH et Jean-Christian TASSY, documentaire, France, 2006, 52mn.

Fumel, Lot-et-Garonne. En 1970, l’usine métallurgique compte 3000 ouvriers. Au moment où est tourné le film, elle est en situation de survie, avec ses 480 rescapés qui tentent de reprendre en main la gestion administrative et comptable de leur outil de travail. 480 patrons en bleu de travail : une expérience revigorante de l’autogestion comme planche de salut et tremplin de lendemains qui changent.
Fumel, Lot-et-Garonne. C’est aussi un fief du rock, depuis trente ans, depuis toujours. Un rock engagé pur et dur, au coeur des combats sociaux. C’est lui qui va drainer l’énergie rebelle de Fumel, qui fera résonner la voix de la colère bien au-delà de la ville et de la région.
Le film de Jacques Mitsch et Jean-Christian Tassy – co-écrit d’ailleurs par Philo Fournier, ancien chanteur des Ablettes, groupe mythique du rock fumellois – raconte tout ça avec une vigueur et une chaleur communicatives. C’est l’histoire de la mort et de la résurrection d’une usine, d’un attentat économique et d’un petit miracle social.
avatar
La-garance-voyageuse
Lez à l'aise
Lez à l'aise

Nombre de messages : 437
Date d'inscription : 29/11/2005

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les "LIP", l'imagination au pouvoir

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum