La Question humaine, Caramel et 2 days in Paris

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La Question humaine, Caramel et 2 days in Paris

Message par Poet le Mer 12 Sep 2007, 21:10

Capitalisme, toujours plus
Avant d’être un film de Nicolas Klotz, La Question humaine est d’abord un petit roman de cent pages, écrit par le Belge François Emmanuel. Un roman sec comme un coup de trique, entre polar moderne et essai métaphysique. Ce texte, d’une rare intensité, décortique avec une remarquable économie de mots et une terrifiante sobriété le lexique déshumanisé des ressources humaines. A travers l’histoire d’un psychologue d’entreprise chargé d’enquêter sur son patron, il montre comment le jargon technique de la Solution finale a contaminé, comme un gaz funeste, la sémantique du néocapitalisme. Pas plus que dans le film pourtant, il ne s’agit ici de mettre un obscène signe égal entre nazisme et libéralisme. Simplement de ne jamais oublier que le plus grand génocide de l’Histoire fut conçu et organisé dans nos sociétés industrielles occidentales.

Je n'ai pas encore vu ce film qui sort en ce moment en salles mais je vous en livre néanmoins une critique parue dans "Libé" :
Au sortir de la Question humaine , c'est le mot (et le sentiment) étrange de «massivité» qui nous pesait sur le ventre et nous tournait dans la tête. Oui, massif, mais pas dans un sens qui serait hostile ou accablé. Massif dans le sens où il ne s'agit pas d'un film libérateur et encourageant : c'est un beau film qui plombe le mental et, par là même, le physique, comme cela arrive à Simon, le héros, salaud sartrien tranquille qui devient la propre victime de l'engrenage qu'il est le premier, quotidiennement, à huiler.
Simon est un psychologue en ressources humaines qui fait la fierté de son entreprise, multinationale pétrochimique, depuis qu'il a réussi à virer proprement des centaines de salariés inutiles. La nouvelle mission qu'on lui confie sera moins simple : enquêter sur le cas troublant et troublé de Mathias Jüst, vieux boss chez lequel ses pairs soupçonnent un début de dangereuse dépression. Simon va mettre longtemps à comprendre où et comment se cache, dans cette affaire, la manipulation.
Corps libéral. Adapté du livre éponyme de François Emmanuel, la Question humaine propose une thèse violente : le libéralisme contemporain est l'enfant, génétique et généalogique, du nazisme. L'éloignement historique entre la cause (le génocide) et ses effets (le libéralisme) oblige le film à prendre le risque d'une temporalité au forceps. Mais ce que Nicolas Klotz parvient parfaitement à insinuer en nous, c'est cette idée qu'il existe un corps libéral. Il en confirme avec une assez remarquable audace l'intention : «Les jeunes gens que nous montrons [...] sont les amants du libéralisme économique. Ce qui lui confère une énergie extraordinaire : une forme de jeunesse jetable, instantanée, vitale, qui veut jouir, profiter, rivaliser, voire mourir, sur le champ. [...] On va vers ça, vers ce présent de jeunesse perpétuelle, sans vieillissement, sans problème, sans accroc...» Voilà longtemps que l'on attendait d'entendre formalisé cet érotisme fascinant et morbide dont l'avènement est à dater, en gros, des années Reagan et du culte des «golden boys», expression saturée d'un narcissisme sexuel et parfois homoérotique dont la mise en scène très inspirée de Klotz rend exemplairement compte.
Fait humain. C'est avec cette qualité de regard sur sa petite foule de personnages explosifs (drogue, cruauté, sexe, ambition) que le film emporte le morceau. D'autant que le casting témoigne d'un goût et d'une sûreté des choix à peu près sans équivalent dans la production française contemporaine : Michael Lonsdale, Laetitia Spigarelli, Jean-Pierre Kalfon, Lou Castel, Edith Scob et, bien sûr, Amalric en Simon, tous géniaux, tous égaux dans la conviction qu'il n'y a pas, fondamentalement, de «question» humaine ; il y a un fait humain constellé d'énigmes sans réponses.



Par contre, je suis allée voir "Caramel" de Nadine Labaki :

À Beyrouth, cinq femmes se croisent régulièrement dans un institut de beauté, microcosme coloré où plusieurs générations se rencontrent, se parlent et se confient.
Layale est la maîtresse d'un homme marié. Elle espère encore qu'il va quitter sa femme.
Nisrine est musulmane et va bientôt se marier. Mais elle n'est plus vierge et s'inquiète de la réaction de son fiancé.
Rima est tourmentée par son attirance pour les femmes, en particulier cette cliente qui revient souvent se faire coiffer.
Jamale est obsédée par son âge et son physique.
Rose a sacrifié sa vie pour s'occuper de sa soeur âgée.
Au salon, les hommes, le sexe et la maternité sont au coeur de leurs conversations intimes et libérées

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18735888&cfilm=112181.html

et puis "Two days in Paris" de et avec Julie Delpy :

"Un couple de New-Yorkais de retour d’un voyage exécrable à Venise décide une escale de deux jours chez les parents de mademoiselle (Marion), photographe exilée avec son yankee juif d’architecte d’intérieur (Jack, excellent du début à la fin). Cette Parisienne a conservé un studio au dessus de chez ses parents. Bienvenue deux jours durant dans la vie d’un couple où le barrage de la langue permet aux parents de tester leur gendre, à la limite de l’humour gros lourd bien gras."

Bon, pas un film inoubliable parce que parfois... euh :scratch: too much mais Adam Goldberg est excellent et c'est lui qui nous fait nous sentir davantage américain que français. Parce que les tracas de "pauvre petite fille bourgeoise" Marion/Julie - elle le dit elle-même dans le film - et ses lourdingues parents limite gros beauf' ne donnent pas une bonne image de notre douce France. Bien évidemment, la demoiselle a souhaité se jouer du décalage culturel dans ce qu'il y a de plus caricatural, mais également - et heureusement serions-nous tentés d'ajouter - ce qu'il y a de plus savoureux. Les conversations politiques offrent d'ailleurs un terrain de jeu propice aux répliques pleines de sarcasme et d'humour dans lequel excelle Adam Goldberg. On se régalle de sa bouille confuse, de ses remarques personnelles pleines de cynisme et parfois d'auto-dérision, de son isolement qui nous prend à parti, et on s'émeut de ses heures noires, de sa nostalgie et de son désarroi lorsqu'il se croit trompé.
(bien résumé Wink !)
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Re: La Question humaine, Caramel et 2 days in Paris

Message par TARADITA le Jeu 13 Sep 2007, 22:15

Comment tu as trouvé Caramel SLP? J'en ai entendu beaucoup de bien et aimerais le voir avant qu'il ne disparaisse des salles obscures (ce qui se produit si vite hélas What a Face ). Tu me le conseilles ?
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Re: La Question humaine, Caramel et 2 days in Paris

Message par Poet le Ven 14 Sep 2007, 08:02

Oui, Taradita dac . C'est peut-être pas un chef d'œuvre mais il mérite une petite séance ciné Wink

Je fais passer une présentation et critique de ce film :

Entre épilation et manucure, portraits de Libanaises éprises de liberté malgré des tabous tenaces. Un premier film qui sonne souvent juste.
D’un film venu du Liban ces jours-ci, on imagine, a priori, une part d’engagement politique. Caramel, premier long métrage d’une cinéaste prometteuse, semble d’abord tout autre chose : une galerie de portraits de femmes, dans un salon de beauté de Beyrouth. Pourtant, cette comédie pleine de charme et de finesse esquisse aussi le dessin d’un Liban en pleine mutation, où le rôle et la place des femmes changent.

Leurs bijoux tintent et leur maquillage brille, elles sont voluptueuses et sensuelles, mais aussi timides et pudiques. Attachées à leurs valeurs orientales mais attirées par celles de l’Occident. Entre colorations, manucures et épilations à l’orientale, c’est-à-dire au caramel, Layale, jeune patronne sexy du salon Si Belle, attend fiévreusement les coups de fil de son amant – un homme marié. Autour de ce personnage, interprété avec grâce par la réalisatrice, gravitent plusieurs figures féminines, incarnées par de formidables actrices amateurs : une coiffeuse garçon manqué, une cliente prête à tout pour rester jeune, une couturière mélancolique, une vieille voisine un peu folle qui ramasse tous les papiers, contredanses comprises, parce qu’elle les prend pour les lettres de son fiancé français, confisquées par sa famille.

Ce Vénus beauté beyrouthin n’est pas sans faiblesses : parfois démonstratif (la quête sans fin de Layale pour trouver une chambre d’hôtel alors qu’elle n’est pas mariée), il manque surtout d’une histoire plus forte que les autres, qui agrégerait les pièces du puzzle. Mais malgré la sensation d’éparpillement, les portraits sonnent juste et livrent, comme un écho, toute la tendresse et l’agacement qu’éprouve Nadine Labaki pour son pays. Chacune à sa façon, ces femmes semblent en équilibre entre leurs rêves et le poids d’une culture qu’elles respectent mais dont les tabous les enferment : l’adultère, l’homosexualité, la ménopause, le célibat…

A Beyrouth, un couple non marié ne peut pas discuter dans une voiture sans éveiller aussitôt les soupçons de la police. A Beyrouth, une musulmane fiancée, même moderne et libérée, préfère se faire recoudre l’hymen plutôt qu’avouer à son promis qu’elle n’est plus vierge. Ses amies l’accompagnent dans cette virée, dépeinte avec humour, vers une clinique huppée de la ville : lunettes noires et accent français, elle s’y fait passer pour une Parisienne nommée… Julie Pompidou. Même si, au fond, aucune des héroïnes ne se libère vraiment de ses carcans, Caramel est une chronique chaleureuse et optimiste, qui respire la vie et l’espoir, la cire et le henné.

Juliette Bénabent
Télérama n° 3005 - 18 Août 2007
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Re: La Question humaine, Caramel et 2 days in Paris

Message par Poet le Ven 14 Sep 2007, 08:07

Bande annonce de "Caramel " en arabe sous-titré ici :
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18735888&cfilm=112181.html
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Re: La Question humaine, Caramel et 2 days in Paris

Message par TARADITA le Ven 14 Sep 2007, 22:55

respect Merci bien SLP! Au plaisir de te lire...
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