France: tintouin sur le Tibet

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France: tintouin sur le Tibet

Message par Invité le Lun 28 Avr 2008, 22:39

La politique de Pékin enflamme Paris, divise politiques et intellectuels et fait voler les clivages en éclats. Passage en revue des pros et des antis.
ARNAUD VAULERIN
QUOTIDIEN : lundi 28 avril 2008


C’est probablement la seule chose qu’ils partagent : un sentiment de «malaise» unanime depuis le début de la crise au Tibet, le 14 mars. Pour le reste, après le fiasco du passage de la flamme olympique à Paris, le 7 avril, les lignes de fractures sont béantes dans les milieux politiques, économiques ou associatifs français.

L’attribution du titre de citoyen d’honneur conféré au dalaï-lama par le Conseil de Paris n’a pas calmé la polémique. Depuis Pékin, Jean-Pierre Raffarin a critiqué la «très grave erreur politique» de Bertrand Delanoë. «J’ai été extrêmement choqué qu’un ancien Premier ministre choisisse un organe de propagande étranger pour dire du mal d’un autre responsable français, en l’occurrence moi, a rappelé Delanoë depuis… Londres, où il était venu soutenir le maire de la capitale britannique, candidat à sa succession.J’ai une règle que François Mitterrand appliquait vraiment bien, c’est que l’on ne polémique pas sur un terrain de politique intérieure quand on est à l’étranger.»

Crispations. Nouvel épisode, hier. Le socialiste Jean-Luc Mélenchon a déploré dans les colonnes du Parisien le choix du moment «particulièrement inadéquat» pour l’attribution de cette décoration. Certes, après les violentes manifestations antifrançaises en Chine - pendant lesquelles le drapeau français a été barbouillé de croix gammées - la tension est retombée.

Pékin a entrouvert la porte au chef spirituel tibétain, vendredi. La Chine se dit prête à des discussions, mais se garde bien d’en préciser les modalités. Quelques jours plus tôt, trois émissaires dépêchés par Nicolas Sarkozy avaient tenté de vanter à Pékin un message d’amitié aux dignitaires chinois et de se poser en médiateur dans la crise sino-tibétaine. Sans toujours convaincre et sans dissiper en France les crispations.

Zizanies. Tous dénoncent les «amalgames» des uns, fustigent les «clichés» des autres, raillent les outrances des derniers, quand ils ne vilipendent pas les belles âmes reconverties en militants de la dernière heure. La guerre des images et des slogans, des poses et des causes, a surpris par son ampleur et sa rapidité. «La caisse de résonance médiatique est énorme note François Godement, du Centre d’études Asie, mais c’est la Chine qui a fabriqué le tambour.»

Pour ou contre le discours tibétain, pour ou contre l’attitude chinoise, pour ou contre le boycott de la cérémonie d’ouverture, un mois après le passage de la torche, petit aperçu des zizanies françaises sur la Chine.

La voix de Pékin
Jean-Pierre Raffarin

C’est l’ami des Chinois, qui le lui rendent bien. Depuis une semaine, l’ex-Premier ministre n’a pas ménagé ses efforts pour arrondir les angles avec Pékin. Le facteur Raffarin a porté aux dirigeants chinois une lettre de Nicolas Sarkozy, ainsi qu’un courrier de Jacques Chirac. Et le casque bleu Raffarin a rappelé que la «politique de la France vis-à-vis de la Chine ne change pas».

Lors de sa rencontre avec le président Hu Jintao, il lui a offert un livre sur le général de Gaulle, qui avait reconnu la République populaire en 1964. Il a même repris à son compte l’un des points de l’argumentaire chinois : le refus d’une «logique d’indépendance du Tibet». Ce que le dalaï-lama ne revendique pourtant pas. Depuis Pékin, dans un entretien au Journal de la jeunesse de Chine, le sénateur de la Vienne a déclaré que «la décision de Delanoë» d’accorder le titre de citoyen d’honneur au chef tibétain est une «erreur politique très grave».

Jean-Pierre Raffarin assistera à la cérémonie d’ouverture : «La boycotter serait envoyer un message de fermeture à un geste d’ouverture», dit-il. «Il veut prendre la place d’Alain Peyrefitte [auteur de Quand la Chine s’éveillera, mort en 1999, ndlr]», s’amuse un sinologue qui confirme néanmoins l’activisme de Raffarin depuis une trentaine d’années. En 1977, il avait cosigné chez Stock la Vie en jaune, sept jeunes giscardiens en Chine populaire.

Le pro-JO
Maxime Gremetz

En 1980, lors des Jeux olympiques de Moscou, dont la cérémonie d’ouverture avait été boycottée par la France, il était «aux côtés des athlètes français». Il n’a pas oublié. «Les JO, c’est la fête du sport et l’olympisme, c’est universel, insiste le député PCF de la Somme. Quel sens cela a de boycotter alors que l’attribution des Jeux a été décidée en 2001 ?», interroge Maxime Gremetz. Il se présente comme un «pro-rien», mais siège au groupe d’amitié France-Chine de l’Assemblée nationale, qui compte 142 membres.

«Je ne suis pas naïf. Il y a beaucoup de choses à dire sur les droits de l’homme en Chine. Arrêtons de commercer avec ces gens-là alors! Je n’ai pas vu Robert Ménard [secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), ndlr] manifester quand Sarkozy a signé des contrats commerciaux pour 20 milliards d’euros en novembre.» Le député PC, qui a été pendant «treize ans en charge des relations internationales» au Parti communiste, souhaite surtout que l’on ne «laisse pas de côté les 1,4 milliard de Chinois» qui «espèrent beaucoup» des Jeux.

Le laïcard
Jean-Luc Mélenchon

A gauche, il est le plus offensif. La charge a été lancée le 7 avril. Le billet publié sur son blog après le passage de la torche à Paris a suscité une avalanche de commentaires. Le sénateur PS de l’Essonne y écrivait que le «boycott des jeux est une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois». En tant que «laïc partout et pour tous et donc totalement opposé à l’autorité politique des religieux, même de ceux que l’albumTintin au Tibeta rendu attendrissants», il fustigeait le «régime théocratique» du dalaï-lama. Contre la «réécriture de l’histoire de la Chine», il écrivait : «Parler d’invasion en 1959 pour qualifier un événement intérieur de la révolution chinoise est aberrant.»

En fait, «l’invasion» qu’il renonce à qualifier telle a eu lieu le 7 octobre 1950. Depuis, Jean-Luc Mélenchon multiplie les interviews. Dans le Parisien, hier, il a accusé Robert Ménard de «manipuler la politique étrangère de la France». Rien de moins. Il voit en RSF une «organisation alignée sur les combats du gouvernement des Etats-Unis». «C’est un triste sire, se désole l’UMP Louis de Broissia, le dernier reste du maoïsme française.» Contre un «traquenard tendu aux Chinois», Mélenchon dit qu’il ne faut «catégoriquement pas boycotter la cérémonie d’ouverture».

Le tibetophile placide
Louis de Broissia

Il s’affiche en UMP modéré. Mais fustige les «pressions inadmissibles» des autorités chinoises en France : «C’est incroyable qu’un ambassadeur ose écrire aux conseillers de Paris pour leur dire qu’il désapprouve la proposition de faire du dalaï-lama un citoyen d’honneur de la capitale.»

Né en 1943 à Hanoï, «au temps de l’Indochine française», il est militant de la cause tibétaine depuis les années 80. Le sénateur de la Côte-d’Or déplore l’annulation d’une exposition sur le Tibet - prévue en août à l’Orangerie - après l’«intervention de l’ambassade de Chine», mais s’amuse d’avoir été récemment invité par le numéro 2 de l’ambassade pour s’entendre dire qu’il se trompait sur le Tibet. Lui entend tenir un discours de clarté aux Chinois : «Il faut leur dire que l’occultation de la cause tibétaine va leur coûter très cher et que l’affaire ressurgira, car Shanghai accueillera l’exposition universelle de 2010.» Cette thèse est «aussi celle de Nicolas Sarkozy», avance-t-il. «Ne me demande pas de recevoir le dalaï-lama avant les JO», lui a tout de même précisé le chef de l’Etat. Louis de Broissia n’est pas allé manifester lors du passage de la flamme à Paris. «Je savais que la Chine exploiterait les images.» Cet été, il accueillera en France le dalaï-lama. Ce sera leur 16e rencontre.

L’antirouge
Lionnel Luca

Il n’a «jamais eu la moindre illusion sur les régimes communistes», lui dont le père a fui la Roumanie totalitaire en 1946. Le véhément député UMP des Alpes-Maritimes estime que «le gouvernement chinois leurre l’occident. C’est une dictature qui occupe le Tibet depuis 1950». Ce professeur d’histoire-géographie défend à la hussarde la cause tibétaine depuis son entrée à l’Assemblée nationale, en 1997. Au Palais-Bourbon, il préside le groupe d’étude sur la question du Tibet, où siègent 177 députés de tous bords, comme le socialiste Patrick Bloche, avec lequel il s’est fortement mobilisé depuis un mois. Lionnel Luca insiste pour saluer le travail de l'association France Tibet, du Comité de soutien au peuple tibétain ou de l’actrice Véronique Jeannot.

Il a apprécié les déclarations «courageuses» de Rama Yade, mais fustige la «complaisance de Kouchner et de la France vis-à-vis du plus fort». Et raille la visite du président du Sénat, Christian Poncelet, parti «jouer les rois mages en Chine» la semaine dernière. «On nous dit : "Les politiques n’ont pas à se mêler de sport." D’accord, alors ils restent chez eux.» Il appelle donc au boycott de la cérémonie d’ouverture des JO avec un tonitruant parallèle historique : «Je n’imagine pas Nicolas Sarkozy siéger à côté du boucher de Lhassa en 1988 [le président Hu Jintao, ndlr]. Ceux qui se sont assis à la tribune avec Goebbels et Goering en 1936 à Berlin l’ont regretté après.» Luca récuse toute accusation de «racisme antichinois». Et conclut que la «Chine attend son Gorbatchev».

Le bouddhiste «constructif»
Matthieu Ricard

Retour au Népal, après la présentation à Paris de son nouveau livre, Kalachakra, un mandala pour la paix. Matthieu Ricard a rejoint aujourd’hui son monastère, non loin du dalaï-lama, dont il est un proche, au point d’être devenu, en 1989, son traducteur pour toute l’Europe.

Avant de partir, ce populaire moine bouddhiste de 60 ans a salué du bout des lèvres, vendredi, l’annonce de l’ouverture d’un dialogue entre la Chine et le chef tibétain : «Sept délégations d’émissaires se sont rencontrées ces cinq dernières années, sans aucune amélioration. L’esprit de conciliation des Chinois n’a pas beaucoup évolué.» Pour Matthieu Ricard, fils du philosophe Jean-François Revel, cette annonce n’est qu’«une première étape». Il espère surtout une date précise. «Il faut une pression réelle pour organiser quelque chose avant les JO. Après, que pourra-t-on faire ?»

Il a rencontré à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy, auquel il a présenté des témoignages de Tibétains persécutés. Et admet être «très étonné» par la «grande fermeté de la France». Ce scientifique de formation reconverti en militant se veut «constructif pour ne pas braquer la Chine. Mais faire preuve d’esprit d’ouverture, comme lors des JO, ce n’est pas devenir des paillassons».


http://www.liberation.fr/actualite/monde/323538.FR.php

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Re: France: tintouin sur le Tibet

Message par tiijan le Lun 28 Avr 2008, 22:57

Lionnel Luca... tous ces gars de droite qu'on a élu (à l'époque, yavait un autre de mes votes "républicains", juste à côté... vive la côte d'azur) parce que c'était quand même moins pire que que la mafia locale qui régnait depuis des générations... sont bien moins timides maintenant, ça nous apprendra....

Le Tibet, la chine avec... faut lire ça:


patrick carré

et tout lui avec... sur le Tibet, je peux dire qu'il sait et fait savoir...
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Re: France: tintouin sur le Tibet

Message par Xenia le Jeu 01 Mai 2008, 23:48

Je dois dire que je suis tres etonnee de la position de certains politiques francais face a ce conflit. Je ne trouve pas bienvenue de la part d'un pays connu pour sa colonialisation passee d'aller donner des lecons a un autre pays.
Je ne soutiens pas la position de la Chine mais je ne la denonce pas pour autant car j'estime ne pas etre assez au fait de l'histoire de ce pays pour me permettre un jugement(je vais lire ce bouquin tiijan j'en saurais plus comme ca Wink ). De toutes facons ma position n'a en soit aucune importance puisque personne ne me connait ni ne m'ecoute. En revanche la position adoptee par des personnes qui sont sur le devant de la scene politique ne devrait pas etre avancee sans un minimum de prudence.
Nous rentrons actellement dans une impasse diplomatique suite a des interventions non controlees des acteurs de notre gouvernement. Cette situation ne semble d'aileurs pas s'ameliorer malgre les emissaires envoyes par notre president. Les echanges commerciaux entre nos pays font les frais d'une gestion mediocre de cette crise qui ne nous concernait pas directement en premier lieu.
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