Journaliste: victime de son métier ou responsable?

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Journaliste: victime de son métier ou responsable?

Message par Xenia le Lun 02 Mar 2009, 07:34

Le titre du topic n'est pas très clair j'en conviens mais vu l'heure mes neurones sont encore quelques peu embrumés.

J'ai voulu réagir suite à un reportage sur lequel je suis tombée par hasard hier sur La Cinquième dans Médias: le magazine. Il traitait d'un mini reportage réalisé en 2006 pour Zone Interdite consacré aux comportements à risque chez les ados. On y voyait un jeune homme suspendu à l'aide de crochets implantés dans le dos. Suite à ce reportage, le tatoueur ses assistants et la journaliste ont été mis en examen pour "violence avec armes et en réunion". Voici un article qui résume l'histoire:

Peut-on diffuser les images d'un adolescent suspendu au-dessus du sol par de gros hameçons plantés dans la peau du dos ? En octobre 2006, dans une émission de Zone Interdite consacrée aux conduites à risque des ados, une « suspension » tournée à Toulouse a été diffusée. Plus exactement l'avant et l'après de ce rite initiatique très particulier. Ces images ont choqué. D'abord le père de l'adolescent très en colère de voir son fils ainsi « exhibé » selon son avocat Me Catala. Puis le procureur de République qui a été d'autant plus prompt à réagir que le suspendu n'avait pas encore 18 ans.

Une information judiciaire avait donc été ouverte. Fin mars, cinq personnes sont convoquées à la barre du tribunal correctionnel de Toulouse pour « violences avec armes et en réunion ». Soit comme acteur principal des violences (le tatoueur et deux assistants responsables de la suspension) soit comme complice, poursuites qui visent la propriétaire du logement où a été filmée la scène et la journaliste responsable du reportage.

« Cette histoire s'appuie sur un cynisme incroyable, estime Me Georges Catala, avocat du père de l'ancien adolescent. Et que dire de l'éthique ? On interdit le reportage au moins de 12 ans mais on exhibe un garçon de 17 ans ! La fin justifie les moyens… Seulement après, il ne faut pas s'étonner d'être poursuivi ».

Avec son associé Me Martin qui défendra les intérêts du « suspendu » aujourd'hui majeur, l'avocat compte sur l'audience pour dénoncer l'exercice « délirant » mais surtout les pratiques de la journaliste, responsable à ses yeux de trop d'excès pour obtenir les images « qui font vendre ».

Cette situation place l'intéressée dans une situation délicate. Isabelle Cottenceau vit très mal les poursuites liées à son travail. « En aucune façon nous n'avons voulu glorifier ces pratiques. Et en aucun cas je n'ai incité l'adolescent à réaliser cette suspension. Le projet de ce garçon existait avant mon reportage. Il en parlait souvent avec le tatoueur et ses amis chez qui il avait effectué un stage. Sa mère a donné son accord. Mon travail ne consiste pas à inciter, encore moins à commander une telle pratique », se défend la journaliste originaire d'Agen.

Le procès devant le tribunal correctionnel est prévu le 24 mars. Avec pour les cinq prévenus des peines encourues qui vont jusqu'à 5 ans de prison et 75 000 € d'amende…



Sources: http://www.ladepeche.fr/article/2009/02/25/564348-Un-ado-suspendu-par-la-peau-du-dos-le-film-choc.html

Après lecture ce l'article ci-dessus je suis tout de même perplexe sur la responsabilité réelle de la journaliste. N'est-ce pas son métier que de relater des évènements qu'ils soient moralement répréhensibles ou non? Quelle est votre avis sur la question?
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Re: Journaliste: victime de son métier ou responsable?

Message par Marie29 le Lun 02 Mar 2009, 20:13

Ce n'est pas évident de répondre, c'est vrai que trop souvent aujourd'hui, les journalistes cherchent à faire du sensationnel et à diffuser des images "choquantes" afin d'illustrer leurs propos. Je pense que dans bien des cas ces images sont inutiles et ne servent aucunement à illustrer le propos mais plus à faire "sensation".
Dans ce cas précis, c'est difficile de répondre car après coup, les acteurs ont des versions diamétralement opposées.
La question que je me pose, c'est que même si ce jeune garçon avait réellement l'idée de cette suspension en tête, dans quelle mesure la présence d'une caméra, ne l'a pas incité à passer à l'acte ? Sans ce témoin, aurait-il été au bout ? C'est un peu le même souci qui se pose lorsque les journalistes vont tourner des images dans des banlieues et qu'étonnamment, les événements dégénèrent.
Le poids que représentent les images et la place de la "boîte à âneries" sont telles aujourd'hui, qu'il me semble que les journalistes ont une responsabilité autre que celle de simples rapporteurs extérieur à l'événement. La présence de leur caméra est loin d'être anodine...
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Re: Journaliste: victime de son métier ou responsable?

Message par Xenia le Lun 02 Mar 2009, 20:51

C'est bien cela qui me pose problème justement. Car même si je trouve que cette journaliste a une part de responsabilité dans le passage à l'acte du jeune homme, il me semble également que c'était à la mère de "protéger" son fils avant tout. Il me semble donc difficile de condamné la journaliste pour violence alors qu'il n'est pas prouvé qu'elle a joué un rôle quelconque dans la décision.
Ce parallèle que tu fais avec les banlieues me gène/m'interpelle en revanche. Certes les caméras aident à exacerber le mouvement mais je ne pense pas qu'elles y incitent. En général quand des jeunes (ou des moins jeunes d'ailleurs) voient une caméra, leur premier réflexe est de faire coucou pas de taper sur le voisin (enfin dans la plupart des cas). Les journalistes présent lors d'une émeute ou d'un acte violent ne sont, à mon avis, pas les déclencheurs, mais je te rejoins sur le fait qu'ils contribuent parfois à faire durer le mouvement au lieu de le calmer.
Tout cela reste un peu flou pour moi je l'avoue. Je n'arrive pas à me dire que les journalistes sont responsables mais cela n'enlève en rien leur part de responsabilité. (pas certaine que ce soit clair là) :scratch:
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Re: Journaliste: victime de son métier ou responsable?

Message par Anouk le Lun 02 Mar 2009, 21:20

On accuse pas les reporter de guerre de les avoir déclanché.
Pour moi c'est le même principe.
Certes je suis vraiment contre les emissions à sensations comme peut nosu offrir notre petite carole rousseau, mais là c'était pas vraiment la même chose...
Puis ce petit gars il était pas torturé, personne l'a forcé, il faisait ça de son plein grés, plus barbare que le petit tektonique qui fait sa chore d'epileptique, mais dans le fond ça peut s'apparenter...
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Re: Journaliste: victime de son métier ou responsable?

Message par Marie29 le Lun 02 Mar 2009, 21:43

Oui en fait en lisant vos posts je me suis rendue compte que je n'avais pas très clairement exposé ce que je pensais. Je ne pense pas que les journalistes puissent être considérés comme des déclencheurs en tant que tels. Bien sûr que dans ce cas, il est facile de se retourner contre la journaliste après coup alors que la mère avait donné son autorisation ! Il me semble que c'est la mère qui détient l'autorité parentale et qui est responsable devant la loi des actes de son fils mineur.
Non, en fait ce qui me fait réagir, c'est la responsabilité morale des journalistes et je me demande dans quelles conditions, il y a une réflexion sur le rôle que leur présence peut avoir sur les événements. Je trouve qu'on diffuse trop facilement des images pour débattre seulement après coup du bien-fondé de leur diffusion lorsque celle-ci a eu des conséquences néfastes.
Je ne suis pas certaine d'être plus claire mais bon...
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Re: Journaliste: victime de son métier ou responsable?

Message par Invité le Lun 02 Mar 2009, 21:53

Effectivement, vaste débat... dont on est loin d'avoir toutes les clés puisque les faits ne nous sont pas relatés jusque dans les moindres détails, ne serait ce qu'au sujet de la motivation du jeune homme par exemple.
Pourquoi un tel acte ?
Cette suspension me fait penser aux rithes sioux de passage à l'âge adulte ( la danse du soleil il me semble) où l'auto mutilation prend part aux "festivités" : le jeune garçon n'est pas littéralement suspendu mais relié à un poteau par des cordes, elles mêmes reliées à des crochets qui sont littéralement plantés dans sa peau. Il doit s'en défaire en tirant sur les cordages et donc les crochets qui lui déchirent la peau.

D'après moi, cet acte est loin d'être anodin, inconscient ou encore résultant d'une "mode"; c'est un véritable acte d'affirmation de soi, de reherche de son moi profond dans l'exploration des limites physiques. Dans ce cadre, la présence de la caméra peut être recherchée toujours dans ce même but d'affimation de soi face au monde; bien qu'elle ne soit pas franchement indispensable, l'important étant le cheminement intérieur du suspendu.

Au final, première motivation qui ne peut qu'être réfléchie, préméditée aussi et dont la présence ou non de la caméra n'a pas influencé ni le passage à l'acte ni le déroulement de la suspension.

Encore un autre élément qui brouille la lecture de cet acte : dans certains articles, les journalistes emploient le terme de "performance". Cela fait une allusion directe au spectacle, une performance n'a pas lieu d'être sans public, actifs ou non. Dans ce cas aussi, présence de la caméra comme témoin mais pas comme délancheur de l'acte.
Au passage, dans le genre performance, on peut en trouver de beaucoup plus "thrash" comme meat joy [i] de Caroline Schneemann qui relève également du rituel ou encore de manière plus générale les performances de l'actionnisme viennois dont celles de Schwarzcogler ont été très controversées ( parenthèse histoire de l'art ... a pas pu m'empêcher)

Vala vala, tout un flan rien qu'au sujet du jeune homme et on pourrait faire de même avec la journaliste, la maman, le papa alors ... j'vais m'arrêter là Mr.Red

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