Massacre organisé à l'université

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Massacre organisé à l'université

Message par fitzouille le Ven 07 Avr 2006, 08:45

Massacre organisé à l'université, par Grégoire Bigot
LE MONDE | 06.04.06 | 13h51 • Mis à jour le 06.04.06 | 13h51

Le mouvement actuel, il n'y a pas de quoi rire. Ce qui arrive dans nos universités était prévisible et se répétera. Les ministres ont tort d'imputer seulement à une prétendue manipulation "de gauche" les grèves et les blocus. Il n'y a ni main invisible ni complot. L'actuel gouvernement est coupable de s'étonner de l'agitation étudiante. Il est solidaire des gouvernements précédents et responsable avec eux du criminel Verdun universitaire qui, dans l'indifférence générale, dure depuis plus de vingt ans.


La pseudo "démocratisation" de l'université est en fait un massacre organisé. On promet à des bacheliers, tous les bacheliers, qu'ils peuvent s'inscrire dans la faculté de leur choix. Ces conscrits d'un genre nouveau montent au front la fleur au fusil et reviennent en "gueules cassées" pour une majorité d'entre eux. Chaque année, une nouvelle classe d'âge.

Seule la France est capable d'un tel génie pervers et finalement destructeur de l'idée même d'enseignement public. L'université, qui est le haut lieu du savoir, un de ces lieux où souffle l'esprit, devient la fabrique du ressentiment, de l'aigreur, et l'antichambre non du contrat première embauche (CPE) mais d'abord de l'ANPE.

Sous prétexte que tous nos bacheliers doivent en être, les pertes au feu sont impitoyables. L'université forme une élite dont les facultés de droit donnent l'exemple, puisque les IEP, les écoles de commerce, nous jalousent et veulent délivrer des masters mention droit, gages de réussite sur le plan de l'insertion professionnelle.

Oui, l'université émarge à l'excellence, mais à quel prix ! A la faculté de droit de Nantes, pour 3 400 étudiants inscrits, il n'y a que 150 étudiants en master 2 (bac + 5). Le taux de réussite l'année dernière était le suivant en première année : 68 % pour les titulaires d'un bac scientifique, 52 % pour les bacs littéraires, et seulement 15 % pour les bacs techniques.

La sélection est encore plus impitoyable dans les facultés de lettres, où les étudiants à bac + 4 ou bac + 5 ayant manqué le capes ou l'agrégation se trouvent sans emploi ou dans des emplois ne nécessitant pas un tel niveau d'études. Et on s'étonne que ces étudiants se rebellent les premiers, qu'il y ait mutinerie ; et on feint l'indignation lorsqu'aux sondeurs ils répondent qu'ils aspirent à la fonction publique, au statut protecteur. Les études qu'ils suivent n'ont plus aucun sens. Demain ils mépriseront le savoir qu'on leur dispense, faute pour eux de pouvoir le convertir en un épanouissement dans le travail. Alors nihilisme, alors : "Feu sur la culture !" ; c'est le sentiment qu'on éprouve à les voir bloquer nos universités.

Et que dire de la première année des études de médecine ? La sélection qui s'y opère est inutilement drastique : elle n'a pas résolu le problème du renouvellement des médecins. Les universités consacrent ainsi une grande partie de leur budget à mettre en place des cours et des examens pour des étudiants qui, en masse, sortiront sans diplômes. Eh bien, un tel système consacre la faillite de l'université. Combien de fois faut-il l'écrire pour être cru ?

La première réforme, pour tout être sensé, serait d'instaurer une sélection à l'entrée de l'université. Cette sélection existe déjà de façon différée : un master 2 dans une faculté de droit ne peut accueillir qu'une trentaine d'étudiants pour 100 à 400 demandes d'inscription. Pourquoi les étudiants qui acceptent sans rechigner une sélection à bac + 5 n'accepteraient-ils pas une sélection orientation dès la première année ? Une sélection par souci d'humanité. Une sélection pour rappeler que les étudiants ne sont pas là pour justifier le service public, mais que le service public n'est justifié que s'il est là pour eux. Une sélection qui croiserait les critères (dossiers, examens après quelques mois, entretiens individualisés). Elle permettrait de proposer à l'étudiant une orientation conforme à son profil.

Une seconde réforme serait de doter les universités de moyens décents : un étudiant "coûte" 6 600 euros environ, là où un élève de classe préparatoire en "coûte" 15 000. Les petits cochons de la maison d'en face - je veux parler de l'enseignement supérieur privé - se frottent les mains de notre interminable agonie, que les actuelles manifestations accélèrent un peu plus. Avec la complicité des gouvernements de notre République, c'est l'enseignement supérieur public qui est sacrifié au profit des établissements, privés où les critères de sélection font offense au principe d'égalité des chances.

Y a-t-il un pilote dans l'avion ? En grève depuis trois semaines du fait de nos étudiants, nous ne voyons rien venir. Ni recteur - cette sorte de préfet d'Empire pour l'éducation : il a pour titre "chancelier des universités" -, ni secrétaire d'Etat, ni ministre. Rien. Rien : c'est la politique des gouvernements. Rien : c'est ce à quoi ils veulent réduire l'université.



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Grégoire Bigot, universitaire, est doyen de la faculté de droit de Nantes.
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Re: Massacre organisé à l'université

Message par Taz91 le Ven 07 Avr 2006, 09:53

La première réforme, pour tout être sensé, serait d'instaurer une sélection à l'entrée de l'université.

C'est inadmissible de dire une connerie pareille!!! Parce que si une sélection avait été faite à mon entrée à l'université, je n'aurais jamais pu faire d'études! Mon dossier scolaire de lycée était lamentable. En plus des notes plutôt pitoyables, j'avais des appréciations négatives par rapport à mon comportement (manque de respect et j'en passe...), de nombreuses absences etc... Je me suis réveillée à mon entrée à la fac. Aujourd'hui je suis en Master dans une des 10 meilleures écoles de management des entreprises de France... Tout ça pour dire que même en ayant un mauvais dossier à la base on peut y arriver, j'en suis un exemple (et pas le seul...)

S'il y avait eu une sélection, je ne serais jamais entrée à la fac parce que je ne faisais rien mais en plus parce que je venais d'un lycée ZEP et qu'on aurait eu tendance à prendre des étudiants venant de meilleurs lycées.
Selectionner à l'entrée de la fac interdirait de faire des erreurs, c'est quoi cette connerie? On fait tous des erreurs, reste à pouvoir les rattraper si on le veut mais aussi si on nous en donne la possibilité. J'ai eu cette chance, je l'ai saisie...
Faire une selection reviendrait aussi à stigmatiser les classes sociales car finalement les premiers qui seraient exclus de l'université seraient les jeunes venant de milieux populaires qui ont (et c'est un fait avéré) plus de difficultés que les autres...

Il faut arrêter de dire que l'université doit être réformée. C'est le système scolaire en entier qu'il faut réformer car les écarts se creusent dès la maternelle. Les jeunes issus de familles aisées fréquentent de meilleurs lycées (pour la majorité), vous trouvez ça normal? Pas moi... Le jour où tout les jeunes scolarisés bénéficieront des mêmes enseignements, un grand pas aura déjà été fait...
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Re: Massacre organisé à l'université

Message par badtrip le Ven 07 Avr 2006, 10:44

Je partage les réticences de Taz sur cette histoire de sélection.
Les universités dispensent le savoir et tout le monde devrait pouvoir avoir accès au savoir. Mais l'université n'a pas vocation de former des salariés. Les études que tu fais en fac t'enrichissent sur le plan personnel, elles peuvent te préparer à être chercheur, mais elles ne sont pas censées te former à l'efficacité et au monde du travail. Etudier est un acte gratuit.
Evidemment pour moi qui ai fait des études de lettres, c'est encore plus clair, mais je crois qu'il faut séparer les choses. La formation universitaire n'est pas une formation professionnelle. La question de savoir si le pays manque de systèmes de formation pro, et où et comment les mettre en place ne dépend pas de l'université.

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Re: Massacre organisé à l'université

Message par Parigi le Ven 07 Avr 2006, 20:33

Je ne connais pas l'université, je n'y suis jamais allée.
Par contre, ce que je sais, c'est qu'après avoir eu mon bac péniblement, ben je ne savais pas ce que je voulais faire comme métier et je pense que c'est souvent le cas pour les bacheliers. Je pense que dans un autre contexte, j'aurais pu mettre les pieds dans une université. Je crois que c'est comme dans le cadre du boulot, selon ce qu'on découvre, on affine et on sait ce qui nous intéresse et ce qui ne nous intéresse pas du tout. Donc avoir le droit d'étudier ce que l'on veut gratuitement et ce sans sélection, pour moi c'est une évidence. Ca laisse une chance à tout le monde comme ça car en effet, on peut se "réveiller" à un moment donné comme le dit Taz et ça arrive à plein de gens. Comme le signale Taz, la sélection se fait déjà dès la maternelle ou le primaire et ce même si on le nie. N'oublions pas qu'on peut aller en apprentissage à partir de 14 ans maintenant. Et puis, doit-on, même si on en l'âge à priori de travailler, forcément produire et laisser les études aux "elites" ?

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Re: Massacre organisé à l'université

Message par Alex le Ven 07 Avr 2006, 21:02

Il pose un faux problème cet homme.
Il faudrait que l'université se mette à la page et colle un peu plus à la réalité.
Quand tu s un bac +4 et que t'arrive sur le "marché" tu n'as pas d'expérience à ce qu'il parait Shit , tu as un profil trop académique....tssssss
Et quad tu manques de diplôme, on te le reproche.....
Il faudrait qu'ils se mettent d'accord ces deux là (les entreprises et l'université)...SANS SACRIFIER ces jeunes bacheliers qui ne demandent qu'une seule chose: leur part de place au soleil comme tout un chacun!
Serait temps qu'ils reconnaissent leurs conneries!
Pourquoi pas par exemple laisser tomber ce côté élitiste universitaire et adapter les modules de cours aux étudiants, style tu ne t'intéresse qu'à certaines matières et tu ne suis que ces cours!
Je me suis toujours fait chier à quasiment 60% des cours.... dur dur
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Re: Massacre organisé à l'université

Message par cosaque le Sam 08 Avr 2006, 18:59

ce côté élitiste universitaire


Je trouve pas que l´université d´aujourd´hui soit si élitiste...
J´ai lu l´article du prof de droit de Nantes. Il a en partie raison.
Puisque l´Education ntionale a ammené près de 80% d´une classe d´âge jusqu´au bac, bacs généraux et techniques confondus, il est évident que les bacheliers qui s´inscrivent par milliers en fac ne sont pas forcément armés et capables de faire des études supérieures. Le bac ce n´est plus un gage d´excellence.

Le Monde du 7 avril propose un article sur le parcours d´obstacle des étudiants en médecine (je n´arrive pas à le ravoir et vous proposer le lien) où la sélection est impitoyable avant même de commencer ces études...
Le système les broie. Les plus forts s´en sortent mais avec un avenir assuré.
Je n´aurais jamais eu les capacités de faire ces études là.
Et pas envie en plus...



Les facs de Lettres, Sciences, Droit n´en n´ont pas moins de valeur ni d´intérêt. ( j´ai fait une fac de Lettres et j´en connais les limites après...)
Mais ce ne sont plus dans les facultés que se trouve forcément l´élite. On est en 2006.
Evidemment certains bons éléments même avec une scolarité faite dans des ZEP s´en sortent mais il y en a des masses qui s´inscrivent parce qu´il faut faire quelque chose ou d´autre parce qu´ils veulent faire à tout prix des études mais ils ne sont pas fait pour cela.

Oui il faut arrêter le massacre et faire comprendre aux gamins du collège et surtout aux parents que si certains ne vont pas jusqu´au bac parcequ´ils ne le peuvent pas ce n´est pas un déshonneur. Et ne pas les pousser, les doper artificiellement jusqu´en terminale pour avoir un bac à l´arraché.

Et la fac ce n´est pas un menu à la carte, je m´intéresse á cette matière les autres je sèche.......moi aussi je me suis fait chier parfois....
la fac fast-food j´avais pas pensé à cela encore......
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Re: Massacre organisé à l'université

Message par Amazone le Sam 08 Avr 2006, 22:18

Je n'ai pas lu en entier le texte.... il est ennuyeux.... ça sent la frustration de bas étage...

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Re: Massacre organisé à l'université

Message par Amazone le Sam 08 Avr 2006, 22:24

cosaque a écrit:Oui il faut arrêter le massacre et faire comprendre aux gamins du collège et surtout aux parents que si certains ne vont pas jusqu´au bac parcequ´ils ne le peuvent pas ce n´est pas un déshonneur. Et ne pas les pousser, les doper artificiellement jusqu´en terminale pour avoir un bac à l´arraché.

La France est un pays de penseur et de beaux parleurs... La France me fait penser au "voyage de Gullivers", lorsque notre bon héro se retrouve sur cette ile volante, Laputa. Cette ile pleine de grands penseurs dont les pieds ne touchent plus terre...

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Re: Massacre organisé à l'université

Message par Alex le Dim 09 Avr 2006, 12:13

pas la fac fast food! mais c'est vrai une fac a la carte ouais et je dirais même plus ouais ouais dac

oui pour s'inscrire que sur quelques matières qui m'intérésse particulièrement et me spécialiser ...pourquoi pas.

Je suis ok avec le fait que la majeure partie des bacheliers arrivant à la fac , n'ont aucune idée de ce qu'ils voudront faire quand ils seront grands. Et pour ceux qui savent , ils changeront d'avis au cours de leur cursus!

Le fait est que l'université en générale est loin mais alors très loin de la réalité économique.

Il n'y a pas de honte de ne pas avoir de bac ou de diplôme->ce qui compte c'est avoir un boulot!

Mais quand tu uses tes fonds de culottes sur les bancs pour minimum 3-4 ans et qqu'on te fait dire durant tout ce temps , chpe ton diplôme t'auras un job au bout !!!C'est simple on t'as blousé!!!
Et lorsque tu sors du statut (béni) d'étudiant....tu n'es simplement qu'une merde...diplômée certes mais qu'une merde quand même!

Allez bon dimanche...fait trop beau là Wink
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Re: Massacre organisé à l'université

Message par fitzouille le Mar 11 Avr 2006, 16:11

Alex a écrit:pas la fac fast food! mais c'est vrai une fac a la carte ouais et je dirais même plus ouais ouais dac

oui pour s'inscrire que sur quelques matières qui m'intérésse particulièrement et me spécialiser ...pourquoi pas.
Wink

on ne sais jamais ce qui va servir

je disais jamais je ferai de chimie jamais d'expérimentale je veux plus étudier ces matières

au final je fais de l'exp et de la chimie

sinon pour rebondir le cas de taz qui c'est reveiller tard
il n'est pas rare de voir ce cas ...
j'ai déjà vu ce cas en bac +3
o_O
comment faire ....

arf de tt façon si j'avais écouté ma prof de primaire et d'autre j'aurai jamais fait de grande étude et je serai pas en voie d'avoir mon bac +8
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Re: Massacre organisé à l'université

Message par badtrip le Jeu 13 Avr 2006, 18:09

Alex: non, ce qui compte, c'est pas forcément avoir un boulot !
Le fait d'avoir un boulot et de gagner décemment sa vie, c'est un problème de société.
Etudier, ou non, quoi et comment, c'est un problème personnel. Dans certains cas, ce qui compte, c'est le savoir.
Après on peut se poser le problème de la place qu'une société laisse au savoir (ou à la réflexion et à la recherche).
Tout le monde ne peut pas faire des études, non pas parce que tout le monde n'en aurait pas la "capacité", mais parce que c'est un choix difficile, ardu, et pas forcément facile à vivre. (A un moment donné j'ai trouvé ça plus valorisant d'aller au bureau que de continuer à écrire ma thèse)
Je suis d'accord sur le fait que plein de gens suivent des cursus qui ne leur conviennent pas, mais les problèmes actuels de l'université viennent aussi du peu de reconnaissance qu'on accorde à la connaissance (et à ceux qui la font passer avant le profit).

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